Quasi invisibles lors des premières manifestations contre Hosni Moubarak, elles ont envahi le Net et descendent aujourd’hui dans la rue. Le point sur la situation des Égyptiennes.Quelle place occupent-elles dans la révolte ? » Les femmes sont autant mobilisées que les hommes « , analyse Karim Emile Bitar, chercheur à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). Elles étaient nombreuses, le 1er février, pour la » grande marche » anti-Moubarak. Et elles le sont plus encore sur la Toile. Leurs photos dans les manifs fleurissent sur Facebook et sur Twitter. Mais les Égyptiennes ne forment pas un bloc unifié. A l’image de leur société, elles sont scindées en deux : les féministes laïques d’un côté, les partisanes d’un État islamique de l’autre. Ces deux mouvements devraient apprendre à cohabiter. Autre différence notable : le niveau d’éducation. A l’inverse de la Tunisie, il n’existe pas de classe moyenne en Égypte. » Seule une petite frange des Égyptiennes est éduquée, la plupart vivent encore sous le joug de leur père, de leur mari ou de leur frère « , souligne Mansouria Mokhefi, spécialiste du Moyen-Orient et du Maghreb à l’Ifri (Institut français des relations internationales).Quels droits pour les Égyptiennes aujourd’hui ? » Une esclave, de l’homme, de la société, de la religion, de la politique et de l’économie. » C’est ainsi que Nawal El Saadawi, psychiatre et écrivaine, icône des féministes laïques, définit la femme égyptienne. Elle est loin l’Égypte émancipatrice des années 70, qui avait vu les femmes gagner le combat contre la polygamie ou obtenir la légalisation du divorce. » Aujourd’hui, 40 % des femmes sont voilées, bien plus qu’il y a trente ans. Il y a un vrai recul « , explique Karim Emile Bitar. 83 % des Égyptiennes se déclarent harcelées sexuellement, selon le Centre égyptien des droits de la femme. Et, d’après diverses ONG, entre 90 et 97 % d’entre elles sont excisées, bien qu’une loi l’interdise. Les Frères musulmans représentent-ils un vrai danger ?Cette confrérie religieuse prône » la renaissance islamique « . Pour cela, elle s’appuie sur un réseau social caritatif très influent chez les plus pauvres. Ces dernières années, les Frères musulmans se sont clairement politisés. Le mouvement est interdit en Égypte, mais toléré. Et son département Femmes – » le groupe des Soeurs musulmanes » -, mis en valeur opportunément par le mouvement depuis la révolte, se fait de plus en plus visible. » C’est le seul mouvement très organisé. Tous les partis d’opposition ont été laminés, explique Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’Ifri. S’il y avait des élections libres, ce parti ferait un score important, autour de 30 %. » Toutefois, les chances que les Frères musulmans prennent le pouvoir sont faibles, car la révolte actuelle ne vise pas le régime militaire en place depuis 1952 mais la personne de Moubarak. Les inquiétudes sont légitimes – ils veulent un État islamique, régi par la charia -, » mais nous ne sommes pas à la veille d’une telle situation, l’Égypte ne sera pas forcément l’Iran « , tient à rappeler Denis Bauchard.
6 février 2011



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